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Le bac pro : de la voie de garage à la voie royale ?

Chaque jeudi, nous relayons un article de COMinside, le webzine de l’ESP, terrain d’entraînement rédactionnel des ESPiens. Cette semaine nous vous partageons celui écrit par Aurélie Aliotti, étudiante en Bachelor 3ème année en spécialisation Stratégie Digitale. Elle nous livre son analyse sur l’évolution du Bac Professionnel, qui a su redorer son blason.

Aujourd’hui, en France, on dispose de plusieurs parcours pour se former, dont le bac professionnel. Trop souvent négligée, considérée comme une voie de garage pour élèves en perte de vitesse, cette section permet pourtant de se spécialiser dans un métier précis dès les études secondaires … et il semblerait que cela commence à plaire : on parle désormais de 93 spécialités différentes, 550 000 jeunes impliqués dans ce diplôme et 88% de réussite à l’examen. Rien que ça ! Bref, longtemps méprisé, le bac pro est en passe de s’imposer comme une valeur sûre et particulièrement attractive. Une voie royale ?

À l’origine un succès

Avouons-le, cette formation en trois ans offre bien des avantages. Un temps de 22 semaines de stage obligatoire sur cette période permet aux étudiants de s’immerger dans le monde professionnel auquel il se destine. L’élève, dès sa première année, passe ainsi du statut d’étudiant au statut d’employé faisant partie intégrante de l’entreprise, à la différence d’un stage de découverte de lycéen en enseignement général. Une perspective de réussite pour des jeunes en échec scolaire, considérés à tort comme inaptes à la réussite sociale et professionnelle.

Et ce n’est pas nouveau ! Avant d’être réduit au statut d’études poubelles, le bac pro, créé dans les années 80, a pour objectif de pallier les conséquences négatives du faible niveau de formation de la population active. Initialement conçu comme une expérimentation gouvernementale, le bac pro est un réel succès et le niveau de formation professionnelle français décolle. La première promotion sort en juillet 1987, et la barre des deux millions de diplômés est atteinte en juillet 2012.

Pourtant, 30 ans après sa création et malgré sa réussite, le bac professionnel a perdu de sa crédibilité, c’est une filière moquée, un paradoxe alimenté par une méritocratie française mal placée. Une réaction s’impose : en posant le principe d’un service public de l’éducation qui reconnaît que tous les enfants partagent la capacité d’apprendre et de progresser, la loi du 8 juillet 2013 pour la refondation de l’École de la République veut faire de l’école un environnement plus juste, et la réhabilitation du bac pro va faire partie de cette démarche.

L’État à la rescousse !

Le bac pro souffrant bel et bien de son image, l’État va devoir trouver des moyens de revaloriser la filière et de changer les mentalités. Il s’agit de corriger la perception que le public a de cette formation du bac pro, notamment au niveau des étudiants impliqués afin de considérer les compétences acquises à leur juste valeur.

Le 3 mai 2016, lors des journées de refondation de l’école, Manuel Valls, alors premier ministre, inscrit dans ses priorités la revalorisation de l’enseignement professionnel et des poursuites vers l’enseignement supérieur. Si les résultats se font quelque peu attendre, on constate de légères améliorations et de nouvelles initiatives prises pour la rentrée 2018 telles que :

  • Une seconde réformée : l’enseignement portera sur une famille de métier (au lieu d’un métier unique) afin de se spécialiser progressivement et de fermer moins de portes lors des poursuites d’études.

  • Une terminale en alternance : l’élève aura le choix d’effectuer sa terminale en alternance ou en formation initiale ; chaque lycée doit proposer de suivre le cursus en apprentissage ; des partenariats régionaux sont mis en place afin de soutenir l’insertion des jeunes. A l’inverse, la voie « poursuite d’étude » accompagne l’élève dans son orientation, avec notamment 2.000 places créées en « classes passerelles », afin de faciliter le passage entre la terminale pro et le BTS.

  • Le lancement d’appel à projets de « campus d’excellence » : afin de redonner du prestige à la filière, ces campus concentrent en leur sein des lycées professionnels, des CFA (centres de formation d’apprentis), des établissements d’enseignement supérieur comme des écoles d’ingénieurs, des entreprises ou encore des laboratoires de recherche et accueilleront les élèves tout au long de leur scolarité. Ils participent à l’attractivité de la voie professionnelle et comptent aujourd’hui 77 campus.

Ces nouvelles mesures portent leurs fruits : on constate une forte progression des vœux post-bac vers l’enseignement professionnel : +5,6% de vœux « 1 » formulés avec un total de 12,1 % de vœux en apprentissage.

Bac pro et réussite

Outre cette réforme prometteuse, d’autres solutions apparaissent qui semblent d’avantage combler un souci de notoriété. Il faut communiquer sur le sujet : il s’agit de présenter aux parents et aux élèves la voie professionnelle, non plus comme une filière subie, mais comme une voie synonyme de réussite. On souligne notamment la pluralité et la multitude des métiers proposés à l’apprentissage. Saviez-vous par exemple, qu’il existe un bac pro « Métiers de la publicité et de la communication » ?

Pour ce faire, le groupe international de haute-technologie Safran, en appui avec l’AFDET (Association Française pour le Développement des Enseignements Techniques) met en place le site  mareussitepro . Destiné aux élèves de 3ème et leurs parents, ce projet consiste à mettre en lumière les acteurs issus des études professionnelles et leurs réussites ; l’objectif est de faire gagner du temps à bon nombre d’élèves et d’aider à leur épanouissement. Cette meilleure exposition du bac pro doit aussi diminuer le taux de reconversion.

En effet, selon la New Gen Talent Center de l’Edhec, 14% des jeunes diplômés dotés d’un bac+5 affirment avoir changé de cap professionnel 2 ans après avoir obtenu leur diplôme et 43% fuient leur premier poste après une vingtaine de mois. S’ils avaient été informés convenablement, ces 14% de jeunes n’auraient-ils pas trouvé leur place dans un univers riche d’une centaine de métiers allant de l’aéronautique à la photographie ? Par ailleurs, une meilleure orientation constitue un profit pour la société : en 2016, un élève du supérieur coûtait 11 510€ par an.

Bref il y a urgence à changer les mentalités en profondeur . De manière optimiste, le président Hollande avait fixé en 2015 l’objectif de 60% de diplômés du supérieur. Un objectif revu à la baisse et qui suppose de nouvelles réformes de l’enseignement professionnel, sachant que les recruteurs s’obstinent à exiger plus d’études longues et théoriques, alors que le bac pro est un diplôme taillé pour l’emploi ! Le jeune diplômé ne voit donc pas sa recherche d’emploi facilitée ; son savoir-faire remis en question, on le cantonne souvent à des qualifications de bas niveau, ce qui est inepte. Espérons que les consciences françaises se réveilleront sur ce sujet qui concerne plus de la moitié des étudiants du secondaire : n’oublions pas qu’en 2018, 80 % des candidats ont obtenu le baccalauréat, dont 42 % un bac général, le reste un bac pro.